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Bénédiction des Coureaux

Les pardons de Larmor sont au nombre de trois : le 24 juin, la Saint-Jean et la bénédiction des coureaux ; le 2 juillet, la Clarté ; le 8 septembre, la Nativité. Chaque année, ils attiraient des foules considérables.

Le Larousse donne la définition suivante du mot coureau ou courau : sinuosité entre des bas-fonds et des rochers que l'eau recouvre. Ici, il s'agit du chenal qui sépare Groix de la côte.
On rencontre aussi ce mot écrit : courrau. Nous retiendrons l'orthographe "des coureaux".

La plupart des textes reproduits dans cette étude sont extraits du journal Le Nouvelliste du Morbihan.

 

 

Paul Féval a écrit : C'est à Larmor, qu'on fête la bénédiction des Coureaux. "Ar mor" veut dire "la mer" en langue bretonne et c'est l'ancien nom de Bretagne. Larmor a donc bien le droit de célébrer comme sien ce pardon de la mer.


C'est Daniel Kerinec, chapelain de Larmor de 1659 à 1673 qui s'entendit avec le recteur et les habitants de l'île de Groix pour fonder ou régulariser la fête des Coureaux.

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1830 Un compte rendu du Cercle Philotechnique, le "Gymnase", repris par le Nouvelliste du Morbihan en 1896, fait la description de la bénédiction des coureaux à cette époque.

Les habitants de Lorient qui voulaient assister à la bénédiction des coureaux s'embarquaient à la cale Ory quand la mer était haute ; à marée basse il fallait aller à l'avant-garde du port de guerre pour embarquer sur les bateaux assurant le service vers le Kernével.
Le prix du passage était de 2 sous. Si le vent était bon, le trajet durait 20 minutes. Avec un vent passager c'est-à-dire bon pour aller et pour revenir, il fallait trois quarts d'heure. Mais avec vent debout et marée contraire, le voyage durait plus longtemps. Il fallait dans ce cas souquer dur pendant deux grandes heures, ou louvoyer paresseusement pendant trois heures et même d'avantage.
Mais ces 3 heures passent rapidement car les passagers sont jeunes et n'ont rien de la mélancolie rêveuse que l'on prête aujourd'hui à cette époque romantique.
Plus d'une intrigue se nouait à bord du passage, qui aurait pu durer toujours, si brusquement on n'avait senti le choc de la barque qui rudement se heurtait au môle de Kernével.

De là, il fallait faire à pied sous le grand soleil de juin, la demi lieue qui mène à Larmor. Les groupes se suivaient épars et joyeux, tout le long des falaises de Toulhars, sur les dunes, sur la plage, que nous avons vues si fréquentées naguère encore, et qui sont de nos jours presque complètement abandonnées.

La cérémonie de la bénédiction se faisait alors exactement comme aujourd'hui (en 1896) : nous n'en ferons pas la description. Nous renverrons plutôt nos lecteurs aux pages émouvantes de "Mer Bénie" où Pierre Maël a tracé une peinture si fidèle de l'imposante solennité.

Puis les pèlerins prennent le chemin du retour entassés et serrés dans de lourdes barques. La traversée souvent contrariée le matin, devenait interminable le soir. Les bateaux surchargés se trainaient avec peine, heureux encore quand un faux coup de barre ne les faisait pas s'échouer sur les bancs de vase à l'embouchure du Ter ou aux abords de Saint-Michel. Il fallait alors attendre le retour de la marée qui remettrait à flot les chaloupes désemparées.

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 1847 Une tempête horrible se déchaine sur nos côtes, dans la nuit du 23 au 24 juin. La mer était calme la veille et de nombreuses barques sont parties pour pêcher la sardine. Mais lorsque la nuit tombe, les nuages arrivent du sud, les éclairs se succèdent, l'ouragan fait rage.

De Gâvres à Kernével, de Lomener à Groix, l'océan furieux brise ses vagues énormes sur le rivage de notre rade, disloquant les jetées, effondrant les falaises, sapant les dunes. Les grottes de Toulhars s'écroulaient sous les coups furieux des lames écumantes, des blocs de rochers énormes roulaient dans les eaux. L'ouragan dura toute la nuit et le lendemain aux premières lueurs du jour, le désastre apparut dans toute son horreur. Le long du rivage dévasté gisaient les goémons arrachés aux fonds sous-marins parmi les varechs et les épaves brisées des barques, des cadavres de pêcheurs.
Le lendemain des familles erraient sur la grève cherchant à savoir quels bateaux avaient fait naufrage, interrogeant les épaves.
Des voiles apparaissent à l'horizon et les marins racontent les horreurs de cette nuit sinistre.
Deux caboteurs avaient sombré et six hommes perdus. Les survivants avaient fait le vœu de se rendre chaque année dans les coureaux devant l'ilot des Errants (aujourd'hui appelés à tort "Les Trois Pierres") et d'y remercier le ciel qui les avait sauvés.
Alors l'année suivante, les barques de Larmor et des environs allèrent processionnellement, ériger sur les roches des Errans, les statues de Saint-Jean et de Saint-Pierre, et bénir les Coureaux. Au bout de la galerie des apôtres du portail de l'Eglise de Larmor on peut remarquer deux niches vides qui abritaient ces statues. Aujourd'hui ces statues sont rongées par les vagues.

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Ex-Voto1862 Le Monde Illustré, évoque "la foi naïve" des paysans bas-bretons, l'originalité de leurs costumes qui donnent un charme saisissant à la fête et aux réjouissances qui suivent le retour des barques ayant participé à la cérémonie religieuse.
Il laisse également entendre que l'origine de la bénédiction des coureaux remonte peut-être à l'époque des druides qui ont laissé à Groix des traces ineffaçables et que rien ne peut ralentir le zèle de nos croyantes populations.
La bénédiction est donnée, alternativement, d'année en année, par l'un des curés des quatre paroisses de Plœmeur, Groix, Riantec et Gâvres.
Puis les pêcheurs partent en mer entre les 24 et 29 juin, jours des fêtes de Saint-Jean et de Saint Pierre.

 

 

 Lithographie signée Félix BENOIST, datée du 24 juin 1865, illustrant le cérémonial devant l'ile de Groix

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1866 M Jégou, dans les "Annales Lorientaises" donne la description suivante.
Le 24 juin a lieu la Bénédiction des Coureaux, fête maritime extrêmement intéressante qui attire chaque année un grand nombre d'étrangers. Le clergé de Plœmeur, à la tête d'une nombreuse procession, sort de la chapelle de Larmor et s'embarque avec croix et bannières dans une nombreuse flottille de bateaux de pêche qui se dirige au milieu des coureaux à la rencontre d'une semblable procession partie de l'île de Groix.
Une fois réunis et les embarcations en panne, les deux clergés entonnent des hymnes et l'on procède à la bénédiction de la mer, des pêcheurs, de leurs barques et de leurs filets.

Embarquement des pèlerins
La croix de la procession de Groix salue celle de Plœmeur en s'abaissant devant elle. Il nous a semblé voir dans cette marque d'humilité un souvenir traditionnel de l'état ancien des choses ; c'est-à-dire qu'il rappelait l'état d'infériorité dans lequel se trouvait le vicaire perpétuel de Groix vis-à-vis du recteur de Plœmeur.

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En 1867, un triste évènement est venu endeuiller la bénédiction des coureaux. Au moment de la bénédiction de la mer, les navires de l'état tirent une salve de coups de canon. Cette année, la canonnière La Mutine est chargée de saluer. Malheureusement, il n'y a pas de canonnier à bord et c'est le matelot de 3e classe Jean-Vincent Le Bail, 22 ans, né à Quiberon qui fait office de canonnier. Au premier tir, il a le bras arraché et la figure brulée. Il n'aurait pas suivant les principes les plus élémentaires, passé l'écouvillon humide dans la pièce, la nouvelle charge s'est enflammée d'elle-même à l'approche des parcelles de gargousses encore enflammées qui se trouvaient dans la culasse.
On se hâte de transporter le malheureux à l'ambulance du port où tous les soins lui sont donnés, mais il expire le soir même à 8 heures.

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En 1870, le journal L'Abeille de Lorient relate la bénédiction des coureaux.
. . . La mer était couverte de bateaux ; à côté des grandes chaloupes de Groix et de Larmor, les embarcations du port militaire, les chaloupes à vapeur, les petites canonnières.
Tous ces bateaux ont pris place autour d'un ponton mouillé au large sur lequel se dressait un autel élégamment orné.
Là, le clergé des paroisses de Groix, Larmor, Etel, Port-Louis, les aumôniers de la marine ont entonné des chants religieux et imploré la bénédiction du ciel en faveur de ces braves pêcheurs qui, tous les jours, parcourent la mer en tous sens, sans soucis des dangers sans nombre qui s'y rencontrent. . .
Sur le ponton se trouvaient les principales autorités parmi lesquelles : M. l'amiral Hugueteau de Chaillé, M. le sous-préfet, M. le commissaire général Hébert, M. le commandant Sousy, etc.
Dans les embarcations respectives, un grand nombre de chefs de services et d'officiers de marine, beaucoup de dames, enfin des yachts de plaisance parmi lesquels on remarquait celui de M. de Francheville, venu de la rivière du Morbihan pour assister à la fête.
A 3 heures la cérémonie était terminée, et le ponton, qui était entouré par de nombreux bateaux s'est tout à coup trouvé désert.

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Le 24 juin 1873, René Kerviler, né à Vannes en 1842, ingénieur, archéologue, bibliographe, auteur du répertoire général de bio-bibliographie bretonne, écrit le poème ci-dessous.

Des rives de Larmor, de Riantec, de Groix
Le jour de la Saint-Jean, l'on voit, prêtres en tête
Trois flottilles partir en costumes de fête,
Voguant vers les coureaux, au signe de la croix.
Les fronts sont découverts; et par de mâles voix
S'élancent dans les airs les chants du saint Prophète,
Pendant que sur les eaux le ciel de juin reflète
Les voilures de pourpre et les brillants pavois.
Puis, lorsqu'au rendez-vous les barques se confondent,
Au pasteur qui bénit, les antiennes répondent
Que les marins bretons ne craignent point la mort :
Ils savent que Dieu seul peut écarter l'orage,
Qu'au milieu des dangers il double le courage,
Et pour eux la prière est le suprême effort.

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En 1874, le mercredi 24 juin, jour de la Saint-Jean, la bénédiction des Coureaux se déroule par un si mauvais temps, qu'il avait même arrêté les pêcheurs. Une barque seulement pour chaque paroisse et les petites barques pleines de vieillards, de femmes et d'enfants dansent terriblement sur les flots : les vagues entrent par-dessus les bords, sans respect pour les coiffes blanches et les cheveux blancs. On n'en chante pas moins. Les voix des femmes et leurs pieux cantiques dominent le bruit du vent déchainé.

Les prêtres, quant à eux, prennent place sur la dunette de l'"Euménide" qui par sa masse résiste à la violence du vent. Les nombreux passagers, à bord du navire participent avec une gravité recueillie à la pieuse cérémonie, puis les barques reprennent le chemin fort chaotique du retour.

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1875 le Journal du Morbihan rend compte de la bénédiction des Coureaux de Groix.
Il y a quatre-vingt ans, Notre-Dame de Larmor était en telle vénération par le pèlerinage des marins qu'une multitude d'ex-voto couvraient les murs de son église, que chaque vaisseau la saluait, en passant, d'un coup de canon.
L'auteur évoque le village de Larmor qui doit la célébrité dont il jouit depuis des siècles, à la cérémonie curieuse de la bénédiction du coureau de Groix (on nomme ainsi le chenal qui sépare Groix de la terre ferme). C'est dans le coureau que se fait la pêche de la sardine et la bénédiction donnée à la Saint-Jean a pour but d'obtenir du ciel que la pêche soit abondante.

Jeudi dernier, la célébration de cette fête attirait à Larmor une foule de paysans et de pêcheurs des environs, ainsi qu'un grand nombre d'habitants de Lorient et de tout l'arrondissement.
La foule, après avoir visité l'église, se rend sur la grève où l'on jouit du spectacle imposant de l'océan dont les flots viennent se briser sur les récifs et se dérouler ensuite avec fracas sur une plage unie couverte d'un sable fin et émaillé de petits coquillages de toutes couleurs. L'île de Groix apparait dans le lointain, à demi noyée dans le brouillard et entourée d'une ceinture blanche d'écume amoncelée par les vagues qui viennent déferler sur une grève hérissée de rochers.

Croquis de M. MERME (Capitaine d'Artillerie)

Bientôt le clergé de Plœmeur, croix et bannières en tête, sort de la chapelle de Larmor, se rend processionnellement au rivage et prend place dans une embarcation pavoisée.

Un grand nombre de chaloupes et de péniches aussi pavoisées, montées par des pêcheurs et des curieux, entourent la barque et l'accompagnent jusqu'au milieu du coureau, où se rendent directement de leur côté, avec les flottilles qui leur font escorte, et aux chants des litanies et des cantiques, les clergés de Port-Louis, Gâvres, Riantec, Plouhinec et Groix.

Lorsque ces processions flottantes sont réunies et groupées, les six croix paroissiales s'inclinent les unes vers les autres ; les six clergés passent sur un bateau à vapeur orné de banderoles et de drapeaux.
A un moment donné, la citadelle de Port-Louis fait tonner son artillerie et continue la salve pendant la bénédiction.
L'officiant adresse alors une prière à la patronne des nautoniers pour qu'elle se montre favorable aux marins bretons, vivant de leurs filets, comme les premiers amis du Christ, et, se tournant successivement vers les quatre points cardinaux, il mêle aux flots agités de la mer des gouttes d'eau lustrale en prononçant d'une voix lente et solennelle les paroles suivantes :
      "Seigneur qui avez dit : croissez et multipliez, qui avez commandé aux vagues furieuses de s'apaiser soudainement, répandez          d'abondantes bénédictions sur ces eaux, afin que les poissons se multiplient pour notre utilité, et qu'après avoir parcouru la mer        sans naufrage nous arrivions sains et saufs au port du salut."
Pendant cette invocation, on n'entend que le sourd murmure des prières, confondu avec le bruit des flots et le sifflement de la brise à travers les cordages, et les mâts de la flottille. Patrons et matelots ont abandonné leurs manœuvres, ils sont muets, immobiles et l'altération soudaine de leurs traits halés atteste assez combien est profonde leur émotion. Toutes les têtes sont découvertes et inclinées, toutes les mains sont jointes ; et chacun, dans le recueillement de la prière et de la confiance, croit entendre le Sauveur lui-même répéter à ses enfants de Larmor ce qu'il disait à ses apôtres avant la pêche miraculeuse :
..."Maintenant, avancez en pleine eau et jetez vos filets".

La flottille se sépare, les pêcheurs de Groix cinglant vers leur île et les autres vers leurs ports respectifs.

Guy de St André

Publication en 1877 d'un poème de Sylvain RINCAZAUX

Une Bénédiction en mer.
(Ecrit sur la Fauvette, en revenant de Larmor, le 24 Juin 1877)

Lorsque l'été revient sur la côte Celtique
Et que pour la Saint-Jean le soleil d'Armorique
Emplit de rayons le ciel bleu;
Ce jour est le signal d'une charmante fête
Où, parmi les grands bruits du canon sur la tête
Se mêlent quelques mots de Dieu
Qui s'étonne d'entendre encore le bon rosaire
Chanté par des milliers de voix !
Larmor ! Tous les pêcheurs de la rive bretonne
Qui savent se signer encore lorsqu'il tonne
Comme les marins d'autrefois,
Viennent dévotement à ton vieux sanctuaire
C'est que l'on croit encore sur les rives sauvages
Où est la voix du vent au milieu des orages
Qui parle à ces peuples des mers;
Et l'on est bien trempé tout le long de ces grèves
Où Dieu met l'homme seul à seul avec ses rêves
Et les secrets des flots amers.

Oh ! Que Larmor était coquette
Avec son air endimanché
Ses granits où la mer se jette
Son port au vent si bien caché;
Doux tableau que l'on se rappelle;
Avec son clocher de dentelle
Sur les hauteurs, l'humble chapelle
Dominait la côte et les flots,
Quand la flottille pavoisée
Et par le soleil embrasée
Voguait sur la mer apaisée
Aux cris des joyeux matelots.

Quand la procession nautique
S'arrêta devant les coureaux
Ce fut un coup-d'œil magnifique
Que ce défilé sur ces eaux;

Ces mille pavillons de soie
Ces chants pieux, ces cris de joie,
Ces larmes que le soleil noie
Sur tous les plans, de tous côtés;
Et l'ile de Groix estompée
Dans la brume mal dissipée
Et fièrement développée
Pour cerner toutes ces beautés;

Oh ! Tout cela, c'était splendide
Vieille Armorique, ô Velléda !
Surtout quand sur la mer limpide
La voix des gros canons gronda
Et quand des souvenirs antiques
A tous ces échos galliques
Reportaient aux temps druidiques,
Le prêtre éleva dans les airs
La croix par le soleil dorée
Qui commandait à la marée,
Comme autrefois Césarée
Le Christ le commandait aux mers.

Et chaque année à cette plage
On recommence à pareil jour
Et le baptême du rivage
Et celui des flots d'alentour,
Jour de calme, fête féconde,
Paisible, sur la mer qui gronde,
Joyeuse, loin des bruits du monde
Au-devant du temple fêté;
Charmant rendez-vous de la rive
Où la lame chantante arrive
Avec la fauvette plaintive;
O fête de l'immensité !

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En 1877, des évènements que le clergé de Groix réprouve se produisent lors de la bénédiction des coureaux. Il décide de mettre fin à sa participation à la cérémonie, mettant ainsi un terme à l'accord initial entre les deux paroisses de Groix et de Plœmeur.

En effet, quelques années plus tard, en 1891, le curé de Plœmeur, souhaitant revenir à l'ancienne tradition, demande au curé de Port-Louis et aux recteurs de Groix et de Riantec s'ils accepteraient de participer à la bénédiction.
La réponse du recteur de Groix nous révèle le problème. Permettez-moi de le dire tout de suite, je ne suis point d'avis de recommencer en ce qui nous concerne, la fameuse bénédiction. Cela tournait mal et les raisons qui ont déterminé mon sage prédécesseur n'ont fait que l'aggraver.
Notre jeunesse est plus légère que jamais. Ce serait une jolie occasion de mettre le pied sur la grande terre et de valser. Terrible valse que nous avons prise à partie : plaise à Dieu que nous puissions en venir à bout.
Monsieur Le Bayon (recteur de Groix de 1873 à 1886) après avoir consigné dans les archives de pittoresques incidents à propos de cette bénédiction, termine par ces mots : il fallait en finir.
Sur l'avis de Mgr l'évêque de Vannes, communiqué en chaire le dimanche précédent, la jeunesse de Groix fut mise en demeure d'opter entre la danse et la bénédiction des Coureaux.

L'épreuve a eu lieu le 24 juin 1877. Plusieurs barques ont traversé les coureaux : pas une n'a été offerte au clergé qui s'est retiré après avoir donné de terre, aux coureaux de Groix, la dernière bénédiction.

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1886 Lorsque la flottille se regroupe dans le coureau et que les voix font silence, un vieux prêtre asperge la mer d'eau bénite et prononce une de ces formules de bénédiction que l'église romaine tient en réserve pour attirer sur toute créature un regard favorable du Créateur.
A bord de la Célestine, petit vapeur frété par le généreux catholique M. Méry-Le Beuve, on peut admirer la majestueuse bénédiction des coureaux cent fois décrite et qu'on éprouve toujours le besoin de décrire.

Sur les navires et canots, de nombreuses femmes sont vêtues de robes et coiffes noires, sans doute des veuves et des orphelins de marins.
Le sort cruel qui les a privées d'un père ou d'un époux n'a pas affaibli leur espérance ni leur confiance dans la protection de l'Etoile des Mers. L'Ave Maris Stella revient le plus souvent sur leurs lèvres.
Leurs chants harmonieux et lents, cadencés par le bruit léger de la vague, sont rythmés par l'excellente musique du pensionnat des Frères de Plœmeur.
Ces femmes savent que la mer rendra un jour les cadavres qu'elle a engloutis, brillants de vie et de gloire au jour de la résurrection, car la mer qui symbolise si magnifiquement la Vierge Immaculée, ne garde en son sein rien d'impur.
.....L'océan a beau être immense, la bénédiction est plus immense encore, et la parole du prêtre vient de l'atteindre jusqu'aux rivages les plus reculés.