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Inquiétudes sur la sécurité du pont

Le 4 septembre 1904 le maire de Plœmeur expose que depuis quelques semaines il est l'objet de demandes incessantes de renseignements sur la solidité du pont de Kermélo.
Des renseignements obtenus auprès des personnes compétentes, il résulte :
1° que les câbles du pont datent de 1827, sont les plus vieux câbles des ponts français et n'ont jamais fait l'objet d'une visite minutieuse et approfondie (ce qui est inexact) ;
2° que la circulation a au moins quadruplé depuis le rachat du péage ;
3° que sous les charges nouvelles, le pont voit son tablier en très mauvais état et sa pile centrale s'infléchir de plus en plus.
Le conseil émet le vœu que le pont soit soumis à l'examen des ingénieurs et de faire procéder à un essai complet et sérieux si nécessaire.
Le 1er octobre, le conseil municipal de Lorient émet un vœu analogue à celui de Plœmeur.

Moins de 3 semaines plus tard, l'agent voyer procède à la visite du pont et conclut que toutes les parties visibles, pierres, bois et fer sont dans un état assez satisfaisant d'entretien et sont consciencieusement entretenues par le gardien du pont. 

Le ministère, par le biais du comité consultatif de la vicinalité réagit vigoureusement à ce rapport. Les agents voyers ne doivent pas se borner à déclarer comme ils l'ont fait au sujet du pont de Kermélo que certaines parties de l'ouvrage paraissent en bon état. Quand des doutes existent sur certains points, les agent-voyers doivent procéder aux vérifications nécessaires pour les éclaircir et présenter telles propositions ou conclusions que de droit.
Vous voudrez bien donner connaissance de ces observations à l'agent-voyer en chef de votre département.

M. Bidu, agent voyer en chef fait appel à l'expertise de M. Arnodin qui évalue à 1400 francs les dépenses à engager pour réparer les câbles. Il ajoute que compte tenu de ce que le pont continuera d'être insuffisant pour les besoins de la circulation à desservir, une réfection complète s'imposera toujours à brève échéance.
Deux jours plus tard, ayant eu connaissance du résultat de la dernière visite du pont, il précise que la détérioration des câbles est trop avancée pour qu'il soit sage de tabler sur le rhabillage envisagé.
Ce n'est pas seulement un "point" qui est malade, mais c'est "l'ensemble", et pendant que l'on réparera ce point, une rupture peut se faire à côté. Les risques sont si graves, que je n'ose pas en assumer la responsabilité.
Il propose alors une autre technique de réparation plus complexe et plus onéreuse.

Quatre mois après les inquiétudes émises par les conseils municipaux de Plœmeur et de Lorient, quant à la solidité du pont, l'agent-voyer en chef Bidu critique ces délibérations basées sur des renseignements plus ou moins spécieux, et non moins tendancieux. Il rétablit la vérité et se veut rassurant. Néanmoins il décide de faire vérifier si les organes du pont ont perdu de leur résistance et que pour parer à toute éventualité, il y a lieu d'interdire le passage sur le pont à toute voiture chargée.

arrêté

 

Le 2 février 1905 le préfet prend un arrêté en conséquence.
La circulation des voitures chargées est interdite sur le pont de Kermélo ; les voitures vides ne devront pas être attelées de plus de 3 chevaux.
Le nombre des animaux pouvant passer à la fois, est réduit à 10 au lieu de 15.
Il est interdit de s'engager ou d'y engager une voiture vide attelée, ou un nombre quelconque de bestiaux lorsqu'il s'y trouvera 20 personnes à la fois. Il est également interdit à toute voiture de s'engager alors qu'une ou plusieurs personnes ou animaux s'y trouvent déjà en sens inverse.
Pendant la traversée les chevaux seront mis au pas ; les voituriers ou rouliers devront descendre et se tenir à la tête de leur attelage.
Concernant le passage des troupes, le nombre de soldats est limité à des groupes de 20 et celui des cavaliers à des groupes de 6.

Le 4 novembre, a lieu la visite annuelle du pont. Selon l'agent d'arrondissement toutes les parties de cet ouvrage d'art paraissent être en bon état. L'administration évalue à 18 000 francs la dépense de renforcement des organes suspenseurs qu'il considère hors de proportion avec sa durée.
Le ministre estime qu'il serait prudent d'appeler l'attention de l'autorité militaire sur l'état du pont de Kermélo et de lui demander d'éviter dans la mesure du possible d'y faire passer les troupes en marche.
Le préfet maritime et le général commandant le XIème corps d'armée prennent acte de cette demande et donnent des ordres dans ce sens.

En février 1906 le conseil municipal de Lorient émet le vœu que l'administration préfectorale prenne les mesures nécessaires pour que soit strictement appliqué l'arrêté préfectoral relatif aux voitures lourdement chargées qui se présentent pour passer le pont de Kermélo.
En mai, celui de Plœmeur souhaite au contraire que les voitures attelées de moins de 600 kilos puissent passer sur le pont.
En réponse, l'agent voyer considérant qu'il n'y a pas d'instrument de mesure à proximité du pont estime qu'il faut maintenir l'interdiction de passage aux voitures chargées.

Le conseil municipal de Lorient déplore que la commune de Plœmeur délaisse la question du pont et dénonce le zèle du gardien qu'on a vu faire faire demi-tour à une charrette qui portait une malle. Le gardien, à la suite d'instructions, la classait dans la catégorie des voitures lourdement chargées, c'est-à-dire dépassant 600 kilos.
Monsieur Georges Ouizille s'interroge sur la solidité du pont. Depuis bien des mois il n'y a pas eu de réparations et des accidents sont à craindre.
Le conseil adopte à l'unanimité un vœu tendant à la reconstruction du pont avec appel à l'état, à la réglementation du passage et à un meilleur entretien.
Les voituriers de Larmor et Kernével s'obstinent à vouloir passer avec des charges légères, insultant et menaçant le gardien qui s'y oppose. A tel point que sa femme ne voulant plus rester à Kermélo, il demande son changement.

Devant la difficulté qu'éprouve le gardien à s'assurer que la charge de 600 kilos tolérée n'est pas dépassée, M. Ouizille propose à l'agent voyer cantonal de ne laisser passer que les voitures à deux roues, suspendues et attelées d'un seul cheval, car dans la pratique les ressorts d'une telle voiture ne peuvent guère supporter plus de 500 kilos. Ceci aplanirait bien des difficultés.
Le 7 septembre 1906, le préfet prend un arrêté de police dans ce sens.

Toutefois, une semaine plus tard, l'agent voyer cantonal revient sur cette question en écrivant puisque M. Ouizille doute tant de la solidité du pont et craint des accidents, nous ne comprenons pas qu'il y fasse passer journellement sa famille, dans des automobiles pesant jusqu'à 1500 kg alors qu'il lui serait si facile, disposant de moyens de locomotions aussi rapides, de faire le détour par Plœmeur.