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 Fort de Locqueltas

 

Installation de 3 canons de 32

L'été 1893, des travaux de terrassement sont effectués au fort de Locqueltas et 3 énormes canons de 32, viennent compléter l'armement de la batterie.

En avril 1894, on procède aux essais de ces canons. Les habitants des environs ont été prévenus de laisser leurs portes et fenêtres ouvertes pour ne pas voir leurs carreaux brisés. Seules des vitres de l'auberge du Lapin Blanc ont été cassées. A Larmor, la trépidation a été ressentie fortement mais n'a causé aucun dégât.
Les essais ont été très satisfaisants. Ces énormes pièces dont les feux doivent converger avec ceux de Gâvres pour couvrir la passe des Bretons, peuvent lancer à 12 kilomètres des boulets de 350 kilos. Elles sont longues d'une dizaine de mètres et pèsent plus de 40 000 kilos. Prochainement, un quatrième canon du même calibre sera ajouté à la batterie.
"Le Nouvelliste du Morbihan" du 2 septembre 1894 raconte : Grand émoi hier, parmi la foule des baigneurs et des promeneurs de Larmor. Les pièces du fort de Locqueltas faisaient des tirs à la mer.
Une trentaine de coups de canons ont été tirés. Le but situé à dix kilomètres a été abattu. Aujourd'hui, continuation des exercices par le tir des énormes pièces de 32 dont l'installation vient d'être achevée.

Les troupes d'artillerie sont exercées au tir à la mer des pièces de côte à la batterie de 32 cm du 3 au 9 décembre. Les séances ont lieu de 11 heures du matin à 5 heures du soir. Les bateaux doivent passer au-delà de 10 000 m.

 

Organisation du champ de tir

Les dépêches ministérielles du 28 novembre 1894 et du 6 juin 1895 ordonnent aux autorités militaires d'organiser les champs de tir des batteries de côte de la marine du port de Lorient. Le 2 août 1895, une conférence mixte se réunit, composée de :
           Mélo, chef d'escadron d'artillerie de marine ;
           Cartier, capitaine du génie représentant le chef du génie absent ;
           Mallat, ingénieur des ponts et chaussées ;
           Rouvier, lieutenant de vaisseau de la majorité générale, désigné par ordre du préfet maritime.

Le chef d'escadron d'artillerie de marine expose les études préalables qui ont été faites : projet de consigne générale d'une part et projet relatif à chaque batterie d'autre part.

Consigne générale pour les tirs à la mer dans les batteries de Gâvres, Ban-Gâvres, Fort-Puce, Locqueltas et Talud.

                                                                                     I- Régime des champs de tir
On peut tirer tous les jours, du 1er mai au 15 octobre, et à toute heure pendant le jour.
En tout temps, l'on peut exécuter des tirs de nuit à partir de onze heures du soir.
L'exécution des tirs à la mer sera annoncée au moins quinze jours à l'avance par des affiches mentionnant les jours et heures de tirs, les batteries qui doivent tirer, les zones dangereuses et les signaux d'alarme.
Les signaux d'alarme seront les suivants :
- une heure avant le commencement d'une séance de tir, un coup à blanc sera tiré à la batterie d'où le tir doit s'exécuter ; en même temps un pavillon rouge sera hissé sur la batterie
- un deuxième coup à blanc sera tiré dix minutes avant l'ouverture du feu ;
- le pavillon rouge devra rester hissé en permanence pendant toute la séance de tir ; il ne sera amené qu'après le dernier coup tiré ;
- le remorqueur portera en tête de son mât un pavillon rouge qui restera aussi hissé en permanence pendant toute la séance de tir.
La batterie ne doit tirer que lorsque son pavillon et celui du remorqueur sont hissés et que d'autre part le champ de tir est suffisamment dégagé par les bateaux de pêche ou autres.
Pour les tirs de nuit, le pavillon rouge sera remplacé par deux feux rouges placés au moins à 3 mètres l'un de l'autre. Le remorqueur portera les feux règlementaires imposés par les règlements maritimes ; le but fixe ou mobile sera toujours pourvu de deux feux blancs placés à la même hauteur.

                                                                      II- Organisation intérieure des exercices de tir
Un officier est embarqué sur le remorqueur. Il dirige le service des signaux à échanger avec la batterie et transmet au commandant du remorqueur les indications relatives à la route à suivre. Le remorqueur se maintient par le travers du bat à une distance suffisante pour n'avoir à redouter ni ricochets, ni coups mal pointés.

                                                                                            Tirs de jour
Les signaux de correspondance se composent de boules et pavillons nationaux hissés le long d'un mât. Dans la batterie, ces signaux sont faits sur un mât spécial. Sur le remorqueur, ils seront hissés à l'extrémité d'une vergue ; le pavillon d'alarme étant toujours en tête du mât. Les signaux du remorqueur seront toujours appuyés d'un coup de sifflet à vapeur.
A terre et sur le remorqueur, le poste de signaleurs se composera d'un gradé et de un ou deux canonniers.
On se conformera aux règles suivantes pour les communications principales à échanger pendant le tir.
1. Pour demander si l'on peut tirer, la batterie hisse une boule. Le remorqueur répond "on peut tirer" en hissant aussi une boule. Les boules restent hissées tant qu'il n'y a pas lieu d'interrompre le feu.
2. Pour faire suspendre le feu, le remorqueur amène la boule. Le même signal exécuté à la batterie indique que le feu est suspendu.
3. Pour signaler une avarie momentanée qui oblige à suspendre le tir, le remorqueur amène sa boule et hisse le pavillon national. Si l'avarie est telle que le tir ne puisse pas continuer, le remorqueur hisse deux pavillons nationaux.
4. Pour signaler au remorqueur de changer le sens de la marche du but, la batterie hisse une deuxième boule. Le remorqueur hisse également une deuxième boule, exécute le changement de marche et amène sa deuxième boule pour indiquer à la batterie qu'elle peut reprendre le tir. La batterie amène alors sa deuxième boule.
5. Pour faire éloigner le but, la batterie hisse et amène la boule sans interruption plusieurs fois de suite. Le remorqueur exécute le même signal et s'éloigne jusqu'à ce que la batterie ait hissé finalement sa boule.
6. Pour faire rapprocher le but, la batterie amène sa boule puis hisse et amène sans interruption plusieurs fois de suite un pavillon national. Le remorqueur exécute le même signal et se rapproche jusqu'à ce que la batterie ait amené définitivement le pavillon national et rehissé sa boule.
7. Pour signaler qu'elle veut passer du tir sur but fixe au tir sur but mobile et vice-versa, la batterie hisse un pavillon national sous la boule. Le remorqueur exécute le même signal.
8. Pour faire mouiller un but, un signaleur agite de la batterie un guidon national.
9. La fin de la séance de tir est annoncée par la suppression du pavillon d'alarme de la batterie. Le remorqueur amène alors son pavillon d'alarme.

                                                                                               Tirs de nuit
Les signaux de correspondance se font au moyen des feux Coston numérotés de 1 à 8. Les conventions suivantes seront adoptées:
     Batterie :
                    Peut-on tirer ? ou, l'on va tirer : feu rouge n°4 ;
                    Le feu est suspendu : feu blanc n°1 ;
                    Fin de la séance de tir : feu blanc n°1.
     Remorqueur :
                   On peut tirer : feu rouge n°4 ;
                   On ne peut pas tirer, ou suspendez le feu : feu blanc n°1 ;
                   Avarie momentanée : feu blanc et vert n°3 ;
                   Avarie grave, nécessité de rentrer au port : feu blanc n°1.

 

 

Le projet relatif à la détermination du régime des champs de tir des batteries de Locqueltas concerne 4 canons de 320, modèle 1870-1881 et 6 canons de 90, modèle 1881, en projet.

La batterie de 320 peut tirer des obus en fonte ordinaire lestés, à charge d'exercice ou à charge de combat et des boulets en fonte dure à charge de combat.

La batterie de 90 pourra tirer des obus en fonte ordinaire lestés à charge d'exercice ou à charge de combat.
La distance limite des tirs est de 5000 mètres.
Le tir peut être exécuté dans le secteur compris entre les lignes qui vont de la batterie à la pointe de Gâvres d'une part, à la pointe occidentale de Groix de l'autre.
La circulation est interdite dans la partie des coureaux de Groix comprise dans le secteur de tir et dans la passe orientale, depuis la batterie jusqu'à 10 000 mètres.

La zone comprise entre la mer et la batterie est interdite à la circulation.
Les buts mobiles suivront un itinéraire déterminé par l'alignement : pointe de Gâvres – Sémaphore de Grognon.
Le virage du remorqueur se fera quand le but arrivera à hauteur du rocher du Grasu d'une part, à hauteur de la pointe de Gâvres d'autre part.
Les buts fixes sont mouillés à l'intersection des deux alignements : pointe de Gâvres - Fort Lacroix d'une part et pointe du Grognon– La Vache d'autre part.

Le 27 juillet 1895, le gérant de la Compagnie des Vapeurs Port-Louisiens Lorientais, informé de ce projet, fait les observations suivantes :
Les secteurs interdits des différentes batteries, ont pour conséquence d'empêcher absolument les communications pendant les tirs de ces batteries entre Lorient et Port-Tudy (Ile de Groix). Or, ce dernier port, le seul qui desserve l'ile dans des conditions convenables, est relié à Lorient par un service régulier de bateaux à vapeur appartenant à la Compagnie des Vapeurs Port-Louisiens Lorientais. Ce service comporte deux voyages par jour au moins, dans chaque sens pendant les mois d'hiver. Les voyages doivent d'ailleurs se faire à heure fixe car le bateau fait non seulement le transport des voyageurs et des marchandises, mais encore le transport des lettres.
Dans ces conditions, le gérant ne peut que protester contre les entraves qui seront apportées par les tirs, au service public qu'il a mission d'assurer et il demande formellement s'il n'est pas possible de modifier les secteurs interdits pour que le bateau qui fait le service de Groix puisse néanmoins effectuer ses voyages réguliers, les tirs demeurant suspendus pendant sa traversée des secteurs interdits.

Diverses autorités concernées par ce projet sont consultées afin d'émettre leurs observations. L'inspecteur des douanes de Lorient, le commissaire de l'inscription maritime de Lorient, celui de Groix, le maire et les adjoints de Plœmeur ainsi que ceux de Groix n'ont aucune remarque à formuler. Seul le maire de Gâvres expose que les tirs à la mer du 15 mai au 15 octobre causent les plus grands dommages à la pêche côtière, notamment à la pêche de la sardine qui commence dès les premiers jours de juin pour finir dans la première quinzaine d'octobre. Ces tirs pourraient avoir lieu en mars, avril, mai, octobre.

Lors de la réunion de la commission mixte du 2 août 1895, après avoir entendu les observations des autorités ci-dessus, les membres de la conférence sont invités à donner leur avis.
Monsieur Mallat, ingénieur des ponts et chaussées chargé du service maritime émet de nombreuses observations. Il adhère absolument à la protestation du maire de Gâvres et demande qu'aucun tir ne soit exécuté pendant les mois de juin, juillet, août, septembre. Il lui semble d'autant plus facile de donner satisfaction à ce desideratum des pêcheurs qu'on y a fait droit pour les tirs des batteries des côtes armées par le ministère de la guerre dans les mêmes parages. Les consignes préparées par les représentants de ce ministère pour les forts de l'ile de Groix et du Talud contiennent toutes l'article suivant : "aucun tir n'aura lieu pendant la saison active de la pêche à la sardine, de juin à octobre inclusivement". Le ministère de la marine ne saurait se montrer moins soucieux des intérêts des populations du littoral, qui lui fournissent ses meilleurs marins.
Il demande aussi, pour des raisons de sécurité évidentes, que les tirs n'aient pas lieu par temps de brouillard.
Pour ce qui est de la batterie de Locqueltas, il soutient que ses tirs interdisent absolument l'entrée de Lorient, le secteur de tir couvrant les deux passes. Il ne parait pas possible, en raison de la direction dans laquelle doivent tirer les pièces, de modifier ce secteur. Mais on ne peut méconnaitre combien est grave la situation qui est ainsi faite au commerce, puisque les navires qui fréquentent le port de Lorient ne pourront ni entrer ni sortir. Il convient d'atténuer autant que possible les inconvénients de cette situation.
Il propose de compléter l'article sur les zones maritimes à interdire par le texte suivant :
Toutefois, le bateau qui fait le service régulier entre Lorient et Groix est autorisé à traverser la zone interdite et les tirs seront suspendus pendant sa traversée de cette zone.
En outre, pour permettre aux navires qui entrent à Lorient ou qui en sortent de pouvoir pratiquer les passes, les tirs seront suspendus chaque jour pendant une période de 3 heures au moins, s'étendant de 1 h ½ avant la pleine mer à 1 h ½ après.
Le moment de pleine mer est en effet celui où les navires qui font des opérations dans le bassin à flot du port de Lorient peuvent entrer dans ce bassin ou en sortir. C'est donc aussi celui où les entrées et sorties sont les plus nombreuses à l'entrée de la rade de Lorient.

Le service des ponts et chaussées doit faire une autre réserve dans l'intérêt des ouvrages dont la surveillance et l'entretien lui sont confiés. En effet, le champ de tir de la batterie de Locqueltas couvre à l'est l'écueil des Trois Pierres qui porte une tour balise qui recevra au mois d'octobre prochain un feu permanent d'horizon destiné à signaler l'écueil à la navigation pendant la nuit. Il est indispensable que cet ouvrage ne soit pas compris dans les limites des champs de tir. La limite est du champ de tir devra donc être reportée de quelques degrés vers l'ouest, par exemple par une ligne allant de la batterie au sommet du plateau des Errants.
Le capitaine du génie n'a pas d'observation à formuler.

Le représentant de la Majorité Générale constate que les batteries de Locqueltas et du Talud défendent complètement l'accès du port. Il propose de déplacer vers l'ouest leur secteur de tir de façon à ce que les bâtiments puissent rentrer à Lorient par l'est de Groix.
Par ailleurs, il estime que si les tirs interdisant d'une façon absolue l'accès du port sont maintenus, il y aurait lieu d'ajouter à la consigne générale le signal effectué par un torpilleur en avarie grave signifiant pour la batterie et le remorqueur "arrêt momentané du tir pour pénétrer dans le port".

Monsieur Mélo, chef d'escadron d'artillerie de marine estime quant à lui que les époques de tir répondent le mieux aux conditions du fonctionnement de l'instruction du personnel et qu'il y a lieu de les conserver. Pendant la période du 1er mai au 15 octobre, il est tout au plus fait une quinzaine d'écoles à feu et encore la plupart d'entre elles ne durent pas toute la journée.
Les troupes de la marine n'exécutent pas habituellement de tirs de nuit, seulement en vertu d'ordres du préfet maritime.
Il pense qu'il n'y a pas lieu de mentionner la suppression des tirs par temps de brouillard puisque les tirs ne sont exécutés que lorsque le but est nettement visible.
En ce qui concerne les projets de régime de tir particuliers à chaque batterie, il estime qu'il n'y a aucun inconvénient à donner satisfaction aux conférents dans leurs propositions.
Toutefois, pour la batterie de Locqueltas, il pense que la solution proposée par l'ingénieur des ponts et chaussée est préférable à celle indiquée par le lieutenant de vaisseau de la majorité générale car elle n'exige aucun changement dans les itinéraires des buts.
Enfin, pour ce qui est de l'arrêt momentané des tirs pendant la traversée des bateaux qui font le service entre Lorient et Groix, il fait remarquer que jusqu'ici il a toujours été observé y compris pour les bateaux venant du large.

Puis, ce projet d'organisation des champs de tir des batteries de côte de la marine du port de Lorient fait l'objet d'une instruction au deuxième degré.
Le 9 août, le colonel directeur d'artillerie de marine après avoir pris connaissance du procès-verbal de la conférence mixte émet l'avis qu'il y a lieu d'approuver le projet de consignes générales et les projets de régime de tir particuliers à chaque batterie sous la réserve des modifications suivantes.
Et en particulier : le tir sera suspendu lorsqu'un navire entrant à Lorient ou en sortant, pénètrera dans la zone interdite pendant la période de 3 heures comprise entre une heure et ½ avant la pleine mer et une heure et ½ après la pleine mer.
BalisePour ce qui est de la batterie de Locqueltas, il est d'avis de diminuer le secteur interdit, du côté de l'est, de 6 degrés, de façon à ce que l'écueil des Trois-Pierres qui porte une tour balise, se trouve en dehors du champ de tir.
Il propose également d'ajouter, à la demande de l'ingénieur des ponts et chaussées : le bateau qui fait le service régulier entre Lorient et Groix est autorisé à traverser la zone interdite et les tirs seront suspendus pendant la traversée de cette zone.

Le directeur du génie se range à cet avis.

Le 21 septembre 1895, monsieur Willotte, ingénieur en chef du service des ports de commerce du Morbihan, considérant qu'il importe au point de vue de la sécurité de la navigation que les conditions des tirs à faire à l'entrée du port de Lorient soient précisées et signalées, formule les demandes suivantes.
La date et la durée des tirs ne sera fixée chaque année par l'autorité maritime, qu'après entente avec l'ingénieur en chef du Morbihan (comme c'est le cas pour les tirs effectués sur les champs de tir de terre).
Il serait vivement à désirer que comme l'ont demandé MM. Les maires de Gâvres et l'ingénieur des ponts et chaussées, on posât en principe la suspension de tout tir de juin à octobre inclus, c'est-à-dire pendant la période active de la pêche à la sardine. L'administration de la guerre a déjà admis cette restriction pour les batteries voisines dont elle est chargée.
Il reconnait par ailleurs que la condition de libre passage des bateaux à vapeur de la Compagnie Port-Louisienne dans les secteurs des batteries, formulée par l'ingénieur des ponts et chaussées est admissible et donne une satisfaction suffisante aux observations présentées par le gérant de la dite compagnie. Il pense également que les navires venant du large, qui peuvent ignorer l'existence des tirs ou sont susceptibles de se trouver en avarie exigeant la prompte entrée au port, devront être libres de passer à toute heure de marée.

En tant qu'ingénieur en chef du service des phares et balises, il pense utile de préciser les conditions d'installation du signal d'alarme à placer la nuit dans les batteries en état de tir : deux feux rouges placés à moins de 3 m l'un de l'autre.
1° les deux feux rouges comprenant ce signal devront être placés horizontalement à une distance telle qu'ils soient perçus distinctement séparés l'un de l'autre jusqu'à la limite utile de leur visibilité.
2° la portée lumineuse de ces feux ne devra pas être inférieure à l'étendue de la zone dangereuse du tir.
3° avant de commencer ces tirs et pendant toute leur durée, on devra vérifier si les feux constituant le signal ont la portée et la visibilité voulues.
Pour ce qui concerne le feu permanent sur la tourelle-balise des Trois-Pierres, on peut admettre que pour tenir ce feu en dehors du secteur battu par la batterie de Locqueltas, il suffit de diminuer le secteur en question du côté de l'est d'un angle de 6°. Les avaries occasionnées éventuellement à cet ouvrage restant à la charge de la marine.Signature

Puis en tant qu'ingénieur en chef des ponts et chaussées, il reformule certaines des observations ci-dessus.

 

En-têteFinalement, le 9 mai 1896, le ministre des travaux publics informe le préfet de la décision de la commission mixte des travaux publics. Elle émet l'avis qu'il y a lieu d'approuver le projet en y apportant les modifications proposées par le directeur d'artillerie sous les réserves suivantes :
- Les tirs de nuit n'auront lieu qu'en tant que le service de l'artillerie de marine disposera des projecteurs nécessaires pour surveiller le large et découvrir les bateaux qui viendraient à pénétrer dans la zone dangereuse.
- Le 13e paragraphe sera rédigé de la manière suivante : "Pour les tirs de nuit, le pavillon de la batterie sera remplacé par deux feux rouges placés horizontalement et à une distance telle qu'ils soient perçus distinctement séparés l'un de l'autre jusqu'à la limite utile de visibilité ; on devra d'ailleurs, avant chaque séance de tirs de nuit vérifier la partie lumineuse de ces feux et s'assurer qu'elle n'est pas inférieure à l'étendue de la zone dangereuse.
- Après le 17e paragraphe, on en ajoutera un autre ainsi conçu : les dates et les heures des tirs pourront être modifiées à raison des circonstances exceptionnelles du service, sur la demande de l'ingénieur en chef du Morbihan, après entente avec le service de la marine.

 

Nouveaux régimes des champs de tir

A partir du 25 septembre 1906, se tient à Lorient une conférence mixte concernant la détermination des régimes des champs de tir des batteries de côte de Lorient, Port-Louis et Groix, qui comprennent :
            - des batteries provenant de la marine dont fait partie celle Locqueltas ;
            - des batteries de la guerre dont celle du Talud ;
            - et une batterie nouvelle, le Méné qui remplace celle de Fort Surville désarmée.

Les consignes générales prévoient que :
- Une heure avant le commencement de chaque séance, un coup à blanc sera tiré de la batterie en même temps que le pavillon rouge sera hissé sur l'ouvrage. Un deuxième coup à blanc sera tiré dix minutes avant l'ouverture du feu. Le pavillon rouge restera hissé en permanence pendant toute la séance ; il ne sera amené qu'après le dernier coup tiré ;
- Le remorqueur de but portera en tête du mat un pavillon rouge qui restera également hissé pendant toute la séance ;
- Les pavillons rouges du remorqueur et de la batterie seront distincts du système de signaux de correspondance ;
- Pour les tirs de nuit, le pavillon d'alarme de la batterie sera remplacé par deux feux rouges placés horizontalement. Ces feux devront être établis parallèlement à la crête de la batterie et distants d'environ dix mètres ;
- Le remorqueur portera les feux réglementaires imposés par les règlements maritimes. Le but fixe ou le but mobile sera pourvu sur chaque face de deux feux blancs placés à la même hauteur.

Le régime de la batterie de Locqueltas prévoit que les limites du champ de tir seront :
Le jour : limite droite : batterie de Locqueltas – fort Surville (pointe de Groix) ;
              limite gauche : batterie de Locqueltas – tourelle des Trois Pierres ;
              au large : distance de 7000 m.
La nuit : limite droite : feu de la batterie de Locqueltas – feu de la Croix ;
              limite gauche : feu de la batterie de Locqueltas – feu des Trois Pierres ;
              au large : feu du phare de Pen-Men – feu de la rivière d'Etel ;
                                    distance moyenne de 7000 m.

Les zones maritimes à interdire sont :
Le jour : limite droite : côté ouest de la batterie de Locqueltas – tourelle de la Pierre d'Orge ;
              limite gauche : 1° batterie de Locqueltas – la tourelle des Trois Pierres
                                      2 ° tourelle des Trois Pierres – Pointe sud de Gâvres ;
              au large : distance de 9000 m.
La nuit : limite droite : feu de la batterie de Locqueltas – feu de Port-Tudy ;
              limite gauche : feu de la batterie de Locqueltas – Pointe sud de Gâvres ;
              au large : feu de la pointe des Chats – feu de la rivière d'Etel.

Le maire de Plœmeur n'a aucune observation à formuler sauf en ce qui concerne l'époque des tirs dont l'article pourrait être ainsi rédigé : Les tirs d'exercice sont autorisés toute l'année sauf pendant les mois de juin, juillet, août, octobre et novembre. Cette même revendication est présentée par les maires de Groix et de Gâvres.

L'ingénieur des ponts et chaussées, chargé des services maritimes et des phares et balises rappelle le régime des batteries.
Avec les anciens régimes, les batteries de la marine pouvaient exécuter leurs tirs de jour du 1er mai au 15 octobre et leurs tirs de nuit toute l'année à partir d'onze heures du soir, celles de la guerre faisaient leurs tirs d'exercice du 1er décembre au 1er juin et leurs tirs préparatoires d'instruction toute l'année, mais seulement de jour.
Avec les nouveaux régimes, pour toutes ces batteries les tirs d'instruction et d'épreuve auraient lieu toute l'année de jour, les tirs d'exercice auraient lieu toute l'année sauf pendant les mois de juillet, août, octobre et novembre.
Pour ce qui est des tirs au mois de juin, il estime que si la guerre ne peut satisfaire à ce désir des municipalités d'une façon absolue, il conviendrait de prendre l'avis de l'autorité maritime au sujet de l'exécution des tirs de juin qui n'offrent aucun inconvénient si la sardine n'apparait pas encore sur la côte et qui dans le cas contraire peuvent faire subir de lourdes pertes aux populations de pêcheurs.

Le commandant d'artillerie affirme quant à lui que l'exécution des tirs pendant le mois de juin doit être maintenue intégralement. Il importe en effet que l'instruction des hommes soit achevée avant les écoles à feu, ce qui ne peut avoir lieu si celles-ci ont lieu en mai. D'autre part, si l'on devait prendre chaque année l'avis de l'autorité maritime, il serait impossible d'établir en temps utile les programmes des écoles et de préparer les mouvements qu'entraine leur exécution.

Finalement, le 7 janvier 1908 le ministère des travaux publics des postes et des télégraphes décide, entre autres dispositions, que les tirs d'exercice sont interdits pendant la saison active de la pêche à la sardine du 1er juin au 1er décembre,
Les zones maritimes à interdire sont déterminées par des alignements faciles à reconnaitre et sont interdites d'une façon absolue à la navigation, sauf les exceptions suivantes :
Le tir sera interrompu ou changé de direction de manière à ne pas gêner :
    - les navires faisant le service régulier entre Lorient et Groix ;
    - les navires à voile ou à vapeur entrant à Lorient ou en sortant et les bâtiments du quartier de Groix affectés à la pêche au large ;
    - les bâtiments de guerre faisant leurs essais ;
    - les bâtiments du service des ponts et chaussées stationnant pour des travaux urgents de balisage ;
    - les bâtiments se livrant à la pêche de la sardine, obligés de suivre les bancs de poisson dans la zone interdite.
Si le séjour de la sardine dans ladite zone paraissait devoir se prolonger, l'administration de la marine en aviserait sans délai l'autorité militaire locale et la tiendrait journellement au courant des mouvements probables des flottilles des pêcheurs.